PARIS • FRANCE
Né en 1938 à Pforzheim, Manfred Mohr se forme d’abord à la Kunst- und Werkschule de Pforzheim, puis aux Beaux-Arts de Paris. Son parcours passe par une pratique de peintre et de musicien de jazz avant qu’il ne s’oriente vers une expression géométrique et constructive.
En 1969, stimulé notamment par les expérimentations du compositeur Pierre Barbaud, il apprend à programmer et produit ses premiers dessins par ordinateur. Le ZKM documente l’usage du CAE 510 du Centre Universitaire Expérimental de Vincennes, puis d’un CDC 6400 de la Météorologie nationale à Paris. Ses dessins calculés sont montrés publiquement dès 1970 à l’occasion de la conférence Computer Graphics 70 à Brunel University. En mai 1971, il présente au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris Computer Graphics. Une esthétique programmée, exposition pionnière d’images générées par ordinateur en France.
La pratique de Mohr procède de l’invention d’algorithmes : des règles paramétriques organisent les formes, tout en laissant place à des choix aléatoires encadrés. À partir de 1973, sa recherche se concentre particulièrement sur la perturbation des symétries du cube et sur la projection de structures multidimensionnelles dans le plan. Dessins, peintures, films, reliefs, sculptures, livres d’artiste et animations informatiques prolongent cette exploration.
Installé à New York depuis 1981, Manfred Mohr a fait l’objet d’expositions et de rétrospectives dans des institutions telles que le ZKM, la Kunsthalle Bremen, le Museum of Modern Art, le Centre Pompidou et le PS1. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Centre Pompidou, du ZKM, du Museum Ludwig et du Stedelijk Museum.
Pour Manfred Mohr, l’algorithme n’est pas un simple outil technique : l’invention de règles constitue le point de départ de la recherche artistique. Ses règles, souvent paramétriques, organisent un processus dont l’image est le résultat plutôt que l’illustration d’une forme préconçue.
Sa méthode demeure rationnelle et systématique, mais elle n’exclut ni l’aléa ni la surprise. L’artiste revendique une pratique qui reste ouverte à l’inattendu tout en étant conduite par des critères visuels. L’ordinateur lui permet de superposer des règles complexes sans perdre le contrôle de leur mise en œuvre.
Mohr insiste enfin sur la part active du regardeur : la rationalité concerne la production de l’œuvre, tandis que les associations, les interprétations et l’imaginaire se déploient dans l’esprit de celui ou celle qui la rencontre.