PARIS • FRANCE
Né à Stuttgart en 1938, Frieder Nake étudie les mathématiques à l’Université de Stuttgart et soutient en 1967 un doctorat consacré à la théorie des probabilités. Dès 1963, au sein de l’environnement technique stuttgartois, il mène ses premières expérimentations artistiques avec le Graphomat Z64, machine à dessiner conçue par Konrad Zuse. Il programme alors des procédures produisant des dessins, faisant du calcul, du hasard contrôlé et de la règle algorithmique des matériaux de création.
En 1965, il présente à Stuttgart ses premières œuvres générées par ordinateur. Ces recherches le placent parmi les pionniers de l’art informatique, aux côtés des premières expérimentations internationales du domaine. Il participe notamment à Cybernetic Serendipity à Londres en 1968 et aux recherches sur ordinateur et arts visuels à Zagreb la même année ; il est également présent dans une exposition expérimentale de la Biennale de Venise en 1970.
Après des recherches sur l’art informatique à l’Université de Toronto en 1968-1969, Frieder Nake rejoint l’Université de Brême, où il est professeur de graphisme informatique et de systèmes interactifs à partir de 1972. Son enseignement et ses écrits articulent informatique graphique, interactivité, art algorithmique, médias numériques, esthétique, sémiotique, théorie de l’informatique et critique des dimensions politiques, économiques et épistémologiques de l’informatique.
Son œuvre passe des feuilles tracées et imprimées aux images vidéo et aux installations interactives. Dans cette trajectoire, l’image algorithmique ne se réduit pas à son apparence : elle implique aussi le programme, les règles et les possibilités de transformation qui la produisent. La rétrospective Die präzisen Vergnügen a été présentée à la Kunsthalle Bremen en 2004-2005 puis au ZKM Karlsruhe en 2005.
Chez Frieder Nake, l’algorithme n’est pas un simple outil de fabrication : il est une forme de pensée et une condition de l’image. Son travail examine la tension entre ce qui est visible et ce qui est calculable, entre l’interprétation humaine et l’exécution machinique. L’image générée par programme est ainsi inséparable de ses règles, de ses variantes possibles et de l’interaction qui peut la transformer. Cette approche relie l’art algorithmique à une réflexion critique sur les langages, les signes, les médias numériques et les effets sociaux de l’informatique.